Issu d’un logement social, ex-cancre et ancien drogué, ce Hongkongais de 40 ans a transformé sa vie pour l’amour de sa femme et des fleurs.
À l’adolescence, Ken semblait promis à une existence sans issue. Aujourd’hui, à la tête de MFlorist.hk, une boutique en ligne florissante, il réalise un chiffre d’affaires annuel de 6 millions de dollars hongkongais. Son parcours illustre une rédemption rare, bâtie sur la conscience tardive, l’effort acharné et la passion transmise par son épouse.
Né dans une famille modeste vivant en logement social (公屋), Ken grandit sans véritable encadrement parental. Son père travaille en Chine continentale comme ouvrier métallurgiste, sa mère est souvent absente. L’enfant est confié à son frère aîné et à une tante voisine. À l’école secondaire, Ken devient rebelle. Il fréquente les garçons du quartier, délaisse les études et, sous l’influence de mauvaises fréquentations, bascule dans la délinquance. Son examen du Hong Kong Certificate of Education se solde par un score de zéro.
“Je sortais en boîte de nuit avec des amis, ils m’ont poussé à essayer la drogue”, confie-t-il. Sa vie sombre alors dans le désordre : nuits blanches, retours à l’aube, ivresses répétées. Sa mère l’attendait des heures durant, ce silence patient finit par éveiller en lui une culpabilité salutaire. Il décide de rompre avec son ancien cercle social.
Par l’intermédiaire d’un parent, Ken obtient un poste d’ouvrier en usine. Il gravit les échelons, se reconvertit dans les achats. Ce nouveau métier exige une maîtrise de l’anglais pour communiquer avec des fournisseurs étrangers. Il s’inscrit alors à des cours du soir et écoute des programmes anglophones. Un jour, il doit présenter un rapport à une équipe internationale ; il s’entraîne chaque nuit pendant une semaine entière. La réussite de cette mission renforce sa détermination.
Une fleuriste née de l’amour et d’un marché délaissé
Après dix ans de vie professionnelle, Ken rencontre celle qui deviendra sa femme. Passionnée de fleurs, elle l’emmène choisir des bouquets. Il constate alors l’offre limitée des fleuristes traditionnels et l’essor des achats en ligne. L’idée germe : créer une boutique virtuelle de fleurs pour apporter de la joie.
En 2017, il investit toutes ses économies dans MFlorist.hk. Les débuts sont rudes : pas d’expérience, des journées de travail interminables, des livraisons effectuées en personne. Les deux premières années sont un chemin de croix, mais il persévère, améliore service et produits. Au bout de trois ans, l’entreprise atteint l’équilibre financier. Aujourd’hui, elle réalise un chiffre d’affaires annuel de 6 millions HKD.
La pandémie de Covid-19 a d’abord perturbé l’activité, puis la demande en livraisons a explosé, y compris vers les hôtels de quarantaine. Ken raconte avoir dû, certaines nuits de fête, se précipiter au marché aux fleurs de nuit pour réapprovisionner son stock, apprenant ainsi à mieux planifier ses commandes.
Au-delà du commerce : des fleurs pour guérir
Pour Ken, la plus grande récompense reste le sourire des destinataires. “Le bonheur se transmet”, dit-il. Installer des fleurs chez lui a apaisé son caractère : moins d’irritabilité, plus de sérénité. Il considère les fleurs comme un vecteur de stabilité émotionnelle.
Le marché en ligne est devenu très concurrentiel. Ken a choisi de se différencier par l’émotion. Sa boutique propose désormais des compositions abordant la santé mentale et le bien-être émotionnel. Un choix personnel : un membre de sa famille s’est suicidé après des troubles psychiques. Cette tragédie l’a marqué. “Je veux que mes bouquets ne soient pas de simples décorations, mais un soutien affectif, une présence réconfortante.”
Un message d’espoir pour les jeunes en difficulté
Son histoire montre qu’il est possible de se relever, même après avoir touché le fond. Ken insiste sur l’importance de s’entourer de personnes positives et de ne jamais cesser d’apprendre. Il conseille à ceux qui traversent des épreuves de chercher une passion, comme les fleurs, qui donne un sens à l’effort.
Après avoir transformé sa vie, Ken poursuit sa mission : faire des fleurs un langage universel de soin et de réconfort. Il espère que son entreprise continuera à inspirer d’autres à cultiver leur propre renaissance.